Europe : budget limité mais à mieux dépenser pour l’intérêt général

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Auteurs : Pierre-Olivier Beffy, Laurent Clavel, Stéphane Déo et Alexandra Wentzinger

À l’approche des élections européennes, il devient essentiel de comprendre les enjeux économiques liés à la gestion des fonds européens. En France, où le niveau de taxation et celui des dépenses publiques sont parmi les plus élevés d’Europe, les citoyens s’interrogent légitimement sur l’efficacité des services publics et l’utilisation de leur argent par l’Europe. Cependant, démêler les nombreuses missions de l’Union européenne et leur financement n’est pas une mince affaire.

Examinons d’abord le budget européen. Pour 2024, il s’élève à environ 190 milliards d’euros, un montant qui semble important mais reste limité par rapport à l’économie de l’UE, ne représentant que légèrement plus de 1% du PIB européen. Ce budget, bien que modeste, est principalement utilisé pour favoriser la convergence économique à travers les fonds de développement européens, avec deux tiers de cette somme alloués aux Fonds structurels européens et à la Politique Agricole Commune.

Les Français, en particulier, contribuent au budget européen un peu plus qu’ils n’en reçoivent, avec une dépense nette qui représente environ 0,4 % des dépenses publiques nationales, soit 95 euros par citoyen. Les principaux bénéficiaires de cette solidarité européenne sont les pays d’Europe de l’Est, ainsi que l’Espagne et le Portugal.

Le bilan de la convergence économique est toutefois mitigé. Si les pays d’Europe de l’Est ont connu un rattrapage économique notable depuis l’effondrement du mur de Berlin et leur intégration à l’UE, grâce en partie à l’accès au marché unique et aux transferts financiers, l’Europe du Sud peine à converger depuis deux décennies. Cette situation est exacerbée par une divergence régionale croissante : les régions métropolitaines, notamment les capitales, se sont développées bien plus rapidement que les zones périphériques, un effet de la mondialisation non contré par les politiques européennes et nationales.

Deux préoccupations majeures émergent également concernant l’utilisation des fonds européens. Premièrement, les dépenses paraissent insuffisantes dans des domaines stratégiques où la mutualisation européenne pourrait être bénéfique, comme la défense et la gestion des frontières, surtout en contexte de conflit tel que la guerre en Ukraine. De plus, alors que les États-Unis et la Chine investissent massivement dans la transformation numérique, l’Europe semble à la traîne pour investir dans cette innovation gourmande en capitaux.

Deuxièmement, l’utilisation des fonds structurels européens pose question. Ces fonds, souvent dispersés et combinés à des subventions nationales et locales, compliquent la gestion des projets et soulèvent des interrogations sur l’efficacité de passer par une couche administrative supplémentaire au lieu de gérer les fonds directement au niveau national ou local, conformément au principe de subsidiarité.

En conclusion, bien que modeste en proportion du budget total des États membres, le budget européen est crucial. Les partisans d’une Europe plus intégrée appellent à son augmentation, et également à la mutualisation de la dette européenne, ce qui a été fait pour la première fois avec NextGenEU. Mais une meilleure focalisation et optimisation des dépenses pourraient également améliorer son efficacité. Dans un contexte économique marqué par la fin de l’argent facile et certains budgets nationaux dans le rouge comme en France, il est impératif que le budget européen réponde mieux aux priorités des citoyens, avec une allocation ciblée et efficace des ressources, guidée par les orientations de la nouvelle assemblée européenne.

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